Bon... Le pédophile, c'est fait. les curetons et le psychiatre europhile (celui qui aime les euros) qui pose des questions, qui lève des lièvres, qui vient en fait
t'ajouter les questions que tu te poses pas et qui t'aide pas à trouver les réponses dont t'as besoin, c'est fait aussi. Maintenant va falloir voir les vrais problèmes, ceux qui sont
cachés au plus profond de la forêt, là où elle est la plus sombre. Non je ne dois pas avoir peur. La noirceur est une vieille complice finalement, après toutes ces années. Donc je la connais
bien... à moins que je me soies contenté de la cotoyer sans jamais chercher à la connaître. Mais alors ? Pourquoi ai-je si souvent attendu, prostré, que la faucheuse veuille
bien venir me chercher ?
Finalement, c'était plutôt facile... Les filles, ces êtres étranges et fascinants sans appendice caudal et avec des mamelles somptueuses, aux extrémités acérées, je les découvrais avec l'autre
sur papier glacé. Je pouvais donc les idéaliser comme je voulais. Celles de ma classe, une en particulier, plus que les autres, et puis au fil des jours c'était devenu si j'en imagine une autre,
c'est la tromper elle... Oui j'étais amoureux. Pour moi à l'époque, ça avait un sens précis. Combien de temps ? 3 ans, 4 ans durant j'ai imaginé nos ébats chaque nuit, mais aussi pendant mes
cours préférés, ceux de latin. En plus, là, elle était sous mes yeux. Ce fut sûrement ma plus belle et ma plus longue expérience virtuelle. C'est le jour où j'ai voulu passer du virtuel au réel
que tout s'est effondré. Et c'est bien naturel : moi j'étais raide(dans tous les sens du terme si je peux me permettre la trivialité) dingue d'elle depuis plus de 3 ans, et elle, elle découvrait
pour ainsi dire mon existence. En plus, elle était fille de ... on va dire de Directeur enfin de la haute, quoi, toujours bien propre et toujours bien mise, et moi, j'étais le fils de pecno
(attention, les pecnos, je les connais bien et y'en a qui ont de grandes valeurs morales - je veux dire par là que ce sont des humanistes, des porteurs de culture...De ceux qui t'apprennent à
devenir plus grand) rarement bien mis et pas toujours très propre... Avec le recul, à sa place, j'aurais pas voulu d'un mec comme ça. Mais pour moi à l'époque, ç'a été un drame terrible. Tout est
si beau dans le monde virtuel qu'on se fabrique, pour soi et tout est si noir dans le monde réel... Entre vivre au soleil, sur une plage de sable chaud, avec une bombe sexuelle qui veut en
permanence la même chose que toi et vivre dans une ville crasseuse, dans une pension, entouré de mecs costauds (donc hostiles - c'était mon ressenti de l'époque) où il fait froid et où les filles
même les plus moches te regardent avec un air méprisant, tu choisis quoi, toi qui me lis ?
Avec le recul (mais confucius a dit "l'expérience est une lanterne que l'on porte accrochée dans le dos et qui n'éclaire que le chemin parcouru") je sais que la bombe sexuelle des magazines n'est
généralement pas un très bon coup. Les filles un peu moins belles sont moins souvent courtisées et plus promptes à se donner à fond quand elles en ont l'opportunité, et je sais aussi que la plage
de sable chaud, si c'est agréable pour la chaleur, c'est pas forcément ce qu'il y a de mieux d'un point de vue jouissif. Tu comprends pas ce que je veux dire ? T'as fait un peu de mécanique ?
Imagines un beau moteur bien huilé, avec des soupapes qui coulissent à merveille dans les cylindres au rythme régulier de l'arbre à cames (avec un s- sans s, c'est tout juste un puissant
antalgique...) Tu l'imagines ce moteur qui ronronne... c'est du beau, du bon, du jouissif. Bon. Maintenant, balances une poignée de sable là dedans. Alors ?
Non, finalement, le virtuel n'a rien de bien cohérent. Si on y réfléchit, on se rend compte qu'il faut bien peu de chose pour en briser la nirvanesque harmonie.